Blue monday

        Huit heures du matin et il faisait toujours nuit. Huit heures du matin et j’aurais dû être en train de suivre mon cours de sociologie en amphithéâtre et non être sous ma couette. Un réel plaisir de commencer sa semaine dans de telle condition. Le ciel était sombre mais on pouvait y deviner qu’une multitude de nuages allait cacher le soleil et ses rayons. À travers la fenêtre, on pouvait aussi deviner que les jolies couches blanches de la neige s’étaient maintenant transformées en une sorte de boue grise et pâteuse. L’hiver, le froid, les jours plus courts, les nuits plus longues… Comment pouvait-on vaincre cette morosité hivernale ? Honnêtement, je n’en avais ni la force, ni l’envie. D’ailleurs je n’avais envie de rien aujourd’hui. Il semblerait que je sois partie pour foutre ma journée en l’air. Je pourrais par exemple ne pas aller en cours et rester cloîtrée ici, dans ma chambre, dans mon lit, au chaud. Mais ce serait douteux, je reste sous la surveillance de mes parents après tout. J’avais beau avoir plus de vingt ans, chez moi l’âge ne signifiait rien. Toujours est-il que je ne voulais pas aller en cours.

Je pourrais simuler le fait d’aller en cours, sortir et aller je ne sais où. Traîner dans un bar, un café ou une bibliothèque. C’était une alternative un peu triste et risible. C’était assez pitoyable quand on y réfléchit bien. J’avais décidé de ne pas aller en cours à cause du froid, de l’hiver ; et pourtant la seule alternative m’obligerait tout de même à sortir dans ce même froid. Quel intérêt ? Aucun, et pourtant c’est ce que je fis. Je m’étais levée comme si c’était un jour de cours tout à fait normal, je me suis préparée, j’ai pris mon petit déjeuner et je suis partie après avoir saluée mon père. Je me sentais assez idiote, et pourtant j’étais déterminée à m’en tenir à ce plan. Si on pouvait réellement appeler ce programme « un plan », ou même « un programme ».

Un premier pas dehors me fit regretter de ne pas avoir plutôt simulé une quelconque maladie. Une grippe, une gastro, une fièvre ou peu importe, aurait pu faire l’affaire. Quelle idiote, pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? Un deuxième pas dans la neige fondue fut décisif dans le choix de ma direction. Au fur et à mesure que j’avançais vers l’arrêt de bus, le froid mordant s’immisçait au creux de mes orteils. Je sentais le liquide glacé de la neige s’attaquer à mes chaussettes, s’étendant jusqu’à mes chevilles. Pourquoi n’avais-je pas de chaussures d’hiver ? Non seulement je me les gelais, mais maintenant mes paires étaient foutues.

C’est pourquoi, j’étais maintenant au centre commercial. Le fait que c’était les soldes m’était complètement sorti de la tête. Je n’étais pas spécialement une grande fan de cette période. Le monde, la foule et le bruit n’étaient pas mes meilleurs amis. C’était certes le moment pour faire de bonnes affaires, de grands achats à moindre coût, toujours est-il qu’il fallait chercher, trouver et même parfois se battre. Mais aujourd’hui nous étions lundi. Un jour de semaine. Le premier jour de la semaine. Et le centre était presque vide étant donné que la plupart des gens était au travail ou normalement en cours, comme j’aurais dû l’être aussi. Bon, il fallait que je me trouve des chaussures.

J’ignore si cela vous arrive aussi mais, lorsque je dois me trouver un article bien précis, je finis avec tout sauf ce que j’étais décidée à acheter en premier lieu. C’est pourquoi, j’étais actuellement dans une cabine pour essayer divers articles au lieu de chercher des bottes d’hiver ou une nouvelle paire de baskets pour remplacer celle qui était actuellement à mes pieds. Était-ce ma faute si les prix de cette jolie robe, de cette jupe, de ce jean ou de ce pull étaient alléchants ? Non. J’avais de toute manière du temps à perdre alors pourquoi me priver.

J’étais donc en train de me déshabiller, décidée à essayer les bas en premier lieu, lorsque j’entendis un bruit étouffé. Étrange. J’entrepris de stopper tout mouvement mais je fus confrontée à la seule mélodie que diffusait le magasin. Il m’avait semblé entendre une sorte de gémissement. C’était insensé alors je repris mon activité, cependant, le bruit retentit une deuxième fois. Cette fois-ci, l’identification était certaine, il s’agissait bien d’un gémissement. Étouffé certes, mais c’était bel et bien le gémissement retenu d’une femme. J’en étais tellement abasourdie que je restai immobile pendant un certain laps de temps, durant laquelle le son se répéta. L’instant de surprise passé, c’est sans bruit que j’ouvris le rideau de ma cabine, et un coup d’œil vif dans le miroir d’en face me confirma que ce désagrément provenait de la cabine voisine si j’en jugeais les quatre pieds visibles par l’espace non caché vers le sol. Un autre coup d’œil à mon reflet dévoilait mes joues légèrement teintées de rose et cela n’était sûrement pas dû au froid ni à la chaleur vue la climatisation parfaite des lieux. Aussi absurde que cela puisse paraître, je ressentis de la gêne. Sérieusement ? Il y avait un couple en train de forniquer à même pas un mètre et c’était moi qui me sentais mal à l’aise ?

C’est avec une discrétion absolue que je revenais dans ma cabine, une sensation de culpabilité pesant sur mes épaules. J’avais l’impression de devoir me cacher, de devoir être silencieuse. Je n’étais pas celle qui était fautive ni en plein délit et pourtant je me sentais obligé d’agir comme tel. Comment pouvait-on faire ce genre de chose dans un lieu public ? Cela dépassait mon entendement. Rencontrant une fois de plus mon reflet, mais cette fois-ci dans la glace de ma cabine d’essayage, je vis en détail que la rougeur qui ornait mes joues semblait plus accentuée qu’auparavant. J’étais contrariée et cette moue frustrante ainsi que ces lèvres pincées que je voyais le prouvait. Je pourrais quitter les lieux mais me rhabiller et ramasser mes affaires seraient trop bruyant or je ne voulais pas me faire remarquer bien que j’étais certaine que mes chers voisins étaient pertinemment au courant de ma présence. Je me posais alors à nouveau la question. Comment pouvait-on être capable de faire ce genre de chose ? Était-ce l’euphorie de l’amour qui poussait les gens à faire cela ? Foutaises. Ferais-je partie de ces personnes ? Serais-je capable de faire ce genre de… ?

Non. Bien sûr que non. Je n’étais pas ce genre de personne. Si je sentais mes joues se chauffer, ce n’était en rien dû au fait que je venais d’avoir une image de ma personne faisant toutes sortes de choses malsaines dans une cabine. Si ma respiration se faisait plus rapide et que mon pouls s’accélérait, ce n’était en rien relié au fait que je sentais une vague d’excitation bourdonner dans le creux de mon ventre. Ce n’était pas mon regard que je voyais à travers ses yeux pleins de défis qui me faisaient face. Ce n’était sûrement pas moi, non, allez, reprenons nos esprits !

Cherchant à fuir mon reflet, je décidais de tourner le dos au miroir et de m’asseoir sur le tabouret qui jusqu’ici faisait office de porte habits tout en essayant tant bien que mal d’ignorer cette bouffée de chaleur qui semblait chercher à m’étouffer. Cependant, mes deux voisins avaient décidé de me compliquer la tâche. Les gémissements toujours aussi discrets et à peine audibles parvenaient tout de même à mes oreilles, comme si mon ouïe cherchait intentionnellement à les entendre. Le couple redoublait d’effort et le creux auparavant situé dans mon ventre avait décidé de descendre vers un lieu non-désiré. Seigneur, ce n’était pas réellement en train d’arriver, si ?

Si j’étais maintenant mal à l’aise, la raison était toute autre. Je commençais à me sentir à l’étroit, je commençais à gigoter sur place, mes jambes se frottant légèrement l’une contre l’autre dû aux picotements qui commençaient à fourmiller entre mes cuisses. Mes pieds commençaient à se tenir sur le bout de mes orteils, pressant tantôt mon poids au sol, relevant légèrement tantôt ces dernières. Je ressentais de plus en plus l’envie de… comme de me mouvoir ? Je ne comprenais même pas le sens de ce désir. Qu’étais-je donc en train de faire ? Pourquoi restais-je là tout bêtement à sombrer dans je ne sais quel délire ? Il n’était pas trop tard pour me lever, me rhabiller et quitter cette foutue cabine. Au diable s’ils comprenaient que j’étais là après-tout !

Mais non, je n’avais pas bougé d’un seul centimètre. J’avais plutôt adossé mon dos et l’arrière de mon crâne contre la vitre derrière moi tout en essayant de me détendre. Je sentais mes mains devenir moites et tout le bas de mon corps s’engourdir. C’était tellement gênant et pourtant une forme d’adrénaline commençait à prendre vie. L’engourdissement se métamorphosait en diverses frissons insinuants. Frissons qui suivaient un parcours tel un ruisseau électrique, partant de mes pieds pour remonter jusqu’à mon échine avant de libérer son jus dans mon cerveau pour prendre peu à peu le contrôle mon être, de tout mon corps.

Je pouvais sentir mes doigts trembloter. Je savais pertinemment ce qui allait ensuite se passer mais une part de moi-même refusait de l’accepter. Il me semblait répéter silencieusement de tout arrêter, de stopper, de quitter les lieux. Mais au lieu de sentir mes jambes me porter hors de cet endroit, je senti plutôt mes fins doigts effleurés mes cuisses. Avec douceur. Se transformant lentement en de légères caresses anodines avant de s’intensifier au même rythme que ma respiration et mon excitation. Mon corps, quant à lui, se languissait lentement contre la paroi glacée alors qu’un léger soupir franchissait la paroi de mes lèvres que j’avais réussi à sceller jusqu’ici.

Si cette inattention braqua mes mouvements pendant quelques secondes, les soupirs et autres résonances provenant de l’autre côté de la cabine titillèrent à nouveau mes sens. La totalité de mon corps était actuellement en feu. Mes mains me brûlaient, mes hanches embrasaient, ma nuque flambaient et ma tête était consumée par un désir ardent. Ce désir qui éveillait toute sorte de sens, ce désir qui quémandait toute sorte d’attention, ce désir qui devenait un besoin. Et comme habitée par un état second, je ne voyais aucune raison de lutter contre ce désir. Ce qui me semblait déraisonnable quelques minutes auparavant nourrissait maintenant mon excitation et stimulait mon cerveau. Ce lieu et cette situation absurde que je trouvais alors répugnants me semblaient maintenant enivrants. C’est pourquoi, ma main droite, qui jusqu’ici ne faisait que dessiner sagement des arabesques superflues, remontait doucement vers mon intimité par-dessous la jupe que j’étais initialement en train d’essayer.

D’abord une caresse, puis deux. Un millier de frissons parcoururent mon corps sous ce pas qui venait d’être franchis. Mais ce n’était plus suffisant. Ce touché était bien trop léger, bien trop faible face à l’ardeur que prenait mon désir. Alors les caresses se firent plus appuyées, plus insistantes, plus sensuels aussi, alternant entre l’épiderme de mes cuisses et la superficie de ma vulve qui était encore protégée par la couche de ma lingerie. Les chatouilles que cela engendraient faisaient frissonner mon corps de plaisir. Je pouvais deviner le hérissement de ma peau à chaque vague de bien-être, et l’humidité qui se créait sous mes doigts me confirmait d’autant plus que mon corps était en accord avec mon esprit. Mais ce n’était toujours pas suffisant, alors le bout de mes doigts se faufila bientôt sous la petite couche de vêtement qui protégeait jusqu’alors mes parties intimes, jouant d’abord timidement avec mes grandes lèvres pour ensuite se glisser entre ces dernières. Mon index entama quelques va-et-vient entre mes parois humides tandis que je me mordais les lèvres afin de retenir tout son singulier qui menacerait de s’échapper encore à cause d’une trop haute poussée d’euphorie.

Je restais néanmoins sensible au moindre bruit qui m’entourait, notamment ceux exprimés par mes chers voisins dont les gémissements continuaient de m’accompagner, nourrissant d’autant plus la fébrilité de mes doigts qui s’acharnaient actuellement autour de mon clitoris pour mon plus grand bien. Le délice n’était pas seulement appétissant mais totalement affriolant. Mon corps était en train de se tendre, en train de se braquer sur ce petit siège. Je sentais que je perdais le contrôle. Ce n’était plus mon esprit qui contrôlait mes mouvements mais bien mon corps qui contrôlait mes choix. Mon appétit réclamait son dû. C’était instinctif. C’était nécessaire.

Si ma main droite était occupée à cajoler mon petit organe érectile, la gauche était toute aussi occupée à empoigner ma poitrine, massant fermement cette dernière dans la paume de ma main. Mon bassin lui, se déhanchait instinctivement afin d’exprimer son impatience. C’est pourquoi j’entrepris enfin de voyager mon majeur autour de l’entrée de mon vagin pour ensuite glisser lentement entre les parois chaudes de mon sexe. S’ensuivit naturellement de doux massages internes avant de d’alterner finesse et vivacité pour ensuite revenir torturer mon clitoris. Répétant ce schéma encore et encore, plus haut, ma main suivait le même rythme acharné autour de mes seins et de mes mamelles.

La température montait indéniablement et l’étroitesse du lieu accélérait le croissance de cette dernière. De même que l’euphorie qui habitait tout mon être. Mes gesticulations se faisaient de plus en plus brusques, de plus en plus brutales, de plus en plus incertaines. Je n’arrivais plus à contenir ma voix, de léger soupirs et gémissements se faisaient maintenant entendre par ma bouche. J’étais incapable de mesurer le volume sonore que j’émettais mais je n’étais pas assez lucide pour accorder de l’importance à ce détails. J’étais bien trop débordée. J’avais tellement chaud. J’étais essoufflée. J’étais envahie. Je me sentais partir. Où ? Étais-je en train de m’envoler ou bien de me noyer ? Quelle était cette fièvre qui me prenait ? J’avais envie d’exploser. Des flammes brûlantes étaient en train de dévorer mon bassin. Une décharge électrique avait décidé d’incendier mon âme. J’avais atteint le summum de plaisir. Je n’en pouvais plus. La folie me guettait. J’avais besoin de me délivrer. J’étais comme une bombe qui ne demandait qu’à exploser. Je…. J’ai…

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